Le Volontariat Franco-Allemand, contributeur de l’amitié entre les deux pays

 

Cette année encore, de nombreux jeunes effectuent un Volontariat Franco-Allemand au sein d’une structure associative, sportive, culturelle, écologique ou dans un établissement scolaire ou universitaire. Qu’ils soient en France ou en Allemagne, ces volontaires participent au maintien de l’amitié entre les deux pays, plus de 50 ans après la signature du Traité de l’Élysée.

 

Le 22 janvier dernier, de nombreux événements se sont déroulés en France et Allemagne pour célébrer l’amitié entre les deux pays. Parmi les projets communs mis en place par les deux puissances européennes se trouve le Volontariat Franco-Allemand. Ce programme permet à de jeunes Allemands et Français d’effectuer un volontariat dans diverses structures, notamment dans une association ou encore dans un établissement scolaire ou universitaire.

 

Le Volontariat Franco-Allemand : quèsaco ?

Une seconde année de master dans la poche et me voilà devant un nouveau défi. Au revoir cocon douillet et serein de l’université, bonjour monde cruel et sans pitié du travail. Ne me sentant pas encore prête et ayant d’autres projets en tête, j’ai décidé de me lancer dans une toute autre aventure : celle du Volontariat Franco-Allemand (VFA). « Vous faites une grave erreur et vous allez le regretter », m’a froidement annoncé le directeur du master dans lequel j’étais encore étudiante. Malgré cet avertissement glacial, j’ai de tout de même tenter ma chance.

Si ce professeur a paru si retissant au sujet du Volontariat Franco-Allemand (Deutsch-Französischer Freiwilligendienst en allemand), c’est probablement parce qu’il ne sait pas de quoi il s’agit. Malheureusement, il est loin d’être le seul. Pourtant crée il y a 10 ans, le VFA répond à une demande conjointe faite par les gouvernements allemands et français en 2000, lors du 76ème sommet franco-allemand. L’objectif est de proposer des échanges professionnels et linguistiques entre les jeunes Français et Allemands dans le pays voisin. En 2007, le projet finit par se concrétiser grâce à l’Office franco-allemand pour la Jeunesse (OFAJ ou Deutsch-Französischen Jugendwerk en allemand) qui est chargé de sa mise en place. Au commencement, le VFA, adressé aux jeunes de 18 à 25 ans, n’était destiné qu’au milieu associatif, comme l’explique Victoria Seidl, chargée du Volontariat Franco-Allemand dans le bureau Formation professionnelle, échanges universitaires et Volontariat :

 

« Le volontariat a d’abord été initié dans le secteur associatif et aujourd’hui il y a plusieurs domaines : le social, l’écologie, le sport, la culture ».

 

Pour arriver à une telle diversité, les équipes de l’OFAJ ont « travaillé avec beaucoup d’associations partenaires » et  avaient comme rôle principal de coordonner les échanges. A présent, l’OFAJ fait également office d’organisme d’envoi dans le cadre d’un autre secteur, celui des établissements scolaires et des établissements supérieurs. Pour ces deux programmes, l’organisme a elle-même fait la demande d’agrément auprès du service civique. « C’est donc l’OFAJ qui est organisme d’accueil et d’envoi dans le cadre du Volontariat Franco-Allemand en établissement scolaire tandis que dans les autres volontariats, comme ceux du secteur associatif, ce sont les associations partenaires qui sont organismes d’envoi et d’accueil » détaille Victoria Seidl, chargée du Volontariat Franco-Allemand en établissement scolaire. Le VFA comporte également une formation de 25 jours, organisée en bloc de quatre séminaires. Obligatoire pour tous les participants, cette formation est rendue obligatoire par l’équivalant allemand du service civique, le IJFD (Internationaler Jugendfreiwilligendienst).

 

Le VFAES et le VFASUP, les deux petits nouveaux

Si le programme du VFA existe depuis une dizaine d’années, le Volontariat Franco-Allemand en établissement scolaire (VFAES) et le Volontariat Franco-Allemand en établissement supérieur (VFASUP) s’inscrivent à présent parmi les activités (déjà nombreuses) proposées par l’OFAJ. Ces deux activités rentrent aussi dans le cadre du service civique en France et du IJFD en Allemagne. Lancé en 2012/2013, le VFAES s’adresse aux jeunes Allemands et Français qui souhaitent effectuer un échange dans un établissement scolaire. Il peut donc s’agir d’une maternelle ou d’un lycée. Pour s’inscrire, rien de plus simple. Le ou la participant(e) doit remplir les mêmes conditions que pour un Volontariat Franco-Allemand, posséder également au moins un niveau A2/B1 en allemand et envoyer son CV ainsi qu’une lettre de motivation dans la langue de son choix à l’OFAJ. Si la candidature est retenue, l’organisme se charge ensuite de l’affectation dans le lieu de mission des volontaires. Durant 10 mois, les participants au programme intègrent une structure et réalisent diverses missions, comme l’évoque Lucie, volontaire française dans un Gymnasium (collège et lycée) à Hösbach (Allemagne) : « [Je dois] assister mes collègues de français pendant les cours (lire les textes, corriger les exercices…). Je fais aussi beaucoup de présentation sur la culture française et ai créé une mini base de données avec des documents présentant la langue française sous différents aspects (chansons, expressions courantes, jeux de mots…) pour aider mes collègues à préparer leurs cours ». La jeune femme participe aussi tous les jours au Schülercafé où elle a l’occasion d’échanger avec les élèves :

 

« Comme j’adore cuisiner, cela me permet d’apprendre le vocabulaire allemand lié à la cuisine et de discuter avec mes élèves dans une ambiance plutôt détendue ».

 

Autre lieu, autres missions. Jeanne, elle aussi volontaire française dans un Gymnasium près de Memmingen (Allemagne), est présente dans les classes de français pour aider à travailler la prononciation et la grammaire. Toutefois, elle participe aussi à d’autres activités plus physiques : « Aimant beaucoup le sport, j’accompagne également la classe de 5ème à la patinoire et aux cours de tennis » explique la volontaire de 19 ans. Des activités qui diffèrent en quelques points du VFASUP, né il y a seulement 3 ans.

Moins connu que son grand frère et demandant aussi une meilleure compétence linguistique (niveau B1 minimum), ce volontariat s’adresse aux personnes qui ont déjà une certaine maturité et qui souhaitent travailler dans un établissement supérieur. Organisation de manifestations culturelles, élaboration de projets franco-allemands ou encore accompagnement des étudiants dans leur recherche de stage en Europe, voici les quelques exemples donnés par l’OFAJ pour aider les volontaires dans leur mission. Cette année, le VFASUP réunit 15 tandems, soit 30 participants français et allemands. Du côté du VFAES, le nombre est plus conséquent. « Dans les établissements scolaires, il y a à peu près 60 ou 65 tandems », se réjouit Victoria Seidl, et pour cause. La première année, le VFAES ne comptait que 18 volontaires. Cette augmentation du nombre de participants est donc une petite victoire pour les membres de l’OFAJ qui ne cessent de mettre en avant les multiples avantages du programme.

 

Une opportunité pour les volontaires…  

Lorsque l’on interroge des volontaires au sujet des inconvénients du programme, l’argument qui revient souvent est la barrière de la langue. Pas facile en effet de s’y retrouver parmi les expressions et dialectes présents dans les deux pays. En revanche, les avis concernant les avantages sont unanimes : prendre part à un VFA est une véritable aubaine, et ce, pour bien des raisons. « Il y a tellement d’avantages à ce volontariat que je ne sais pas par lesquels commencer, s’enthousiasme Jeanne. Dans un premier temps, je dirais que cela permet vraiment de se confronter à soi-même. […] On arrive dans un pays qui, bien que culturellement proche de la France, n’est pas le nôtre. Il faut donc nous adapter aux cultures du pays mais surtout essayer de les comprendre. Les avantages linguistiques sont aussi très importants. Quoi de plus pratique pour s’améliorer dans une langue que de vivre dans le pays où elle est parlée ! s’amuse-t-elle. En plus, on apprend des expressions que nous n’aurions jamais découvertes dans les livres. En somme, on apprend l’allemand, le vrai, et pas celui qui est simplement grammaticalement correct », conclut la volontaire française. Tout comme Jeanne, Lucie trouve également l’aspect linguistique du programme intéressant, tout comme l’encadrement fourni par l’OFAJ :

 

« Le premier avantage, c’est d’être immergé dans un pays pour en apprendre la langue. Ensuite j’apprécie le fait d’être partie à l’étranger dans un cadre bienveillant. Nous avons beaucoup d’interlocuteurs à notre disposition pour répondre à nos questions ».

 

Ces deux principaux arguments sont validés par Victoria Seidl, qui pense que pour les volontaires « le fait d’être encadré par des séminaires et de rencontrer d’autres personnes est une bonne expérience qui permet à la fois d’acquérir une expérience professionnelle, linguistique et interculturelle. Cela fait qu’à la fin de l’année, on revient enrichie et grandi, avec une idée plus précise de ce qu’on veut être et de ce que l’on veut faire plus tard ». Ce dernier aspect est confirmé par Elisabeth, volontaire allemande à Rodez dans un lycée et un internat. Plusieurs mois après le début du programme, l’ancienne lycéenne fraîchement diplômée de l’Abitur (bac allemand) se réjouit d’avoir évolué : « Je suis devenue beaucoup plus indépendante, sûre de moi et ouverte d’esprit ».

 

… et pour les organismes participants

Si les participants y trouvent leur compte en participant à un Volontariat Franco-Allemand, les structures d’accueil ont également beaucoup à y gagner, notamment en ce qui concerne les établissements scolaires. En plus d’avoir des soutiens réguliers en cours de langue, les écoliers ont accès à une « dimension interculturelle » non-négligeable. « Les élèves ont accès à une personne qui parle une autre langue, qui possède une autre culture, explique la chargée du VFAES. Cela permet une expérience de mobilité sans se déplacer et ça, c’est super important dans les établissements scolaires ». Du côté des professeurs résonne le même son de cloche. « C’est une véritable chance pour les élèves d’avoir une personne française en cours car [ils] entendent les sonorités françaises et peuvent poser des questions auxquelles seule une personne vivant en France ou parlant français quotidiennement peut répondre », s’est réjouie ma tutrice, professeure de français et de latin.

 

Un programme franco-allemand pour faire halte aux idées reçues

Petit à petit, le VFA a fait son nid au sein des programmes d’échanges franco-allemands et en 2016, plus de 300 jeunes avaient répondu présent à l’appel de candidatures de l’OFAJ. Un tel résultat aurait probablement ravi les deux hommes qui sont à l’origine de cet échange : le chancelier allemand Konrad Adenauer et président français Charles de Gaulle. En 1963, les deux chefs d’État signent le Traité de l’Élysée et pour favoriser les échanges et de « resserrer les liens qui unissent les jeunes des deux pays » comme le stipule l’article 2 de l’Accord initial, l’OFAJ est créée. Cela fait donc plus d’une cinquantaine d’années que les deux pays partagent des relations plus que cordiales, grâce à de multiples partenariats et échanges, particulièrement chez les jeunes. Pourtant, une telle amitié n’est pas un bien acquis et ça, les participants aux programmes de l’OFAJ s’en rendent bien compte durant leur volontariat. « Je pense que l’amitié franco-allemande est très importante, bien qu’elle ne soit pas très marquée » constate Elisabeth. Cette dernière n’est pas la seule à penser qu’il y a encore des efforts à faire dans ce domaine. Selon Jeanne, « l’amitié franco-allemande est une notion que nous nous devons d’entretenir. Elle peut être bénéfique pour les deux pays qui ont, l’un comme l’autre, des choses à apprendre de leur voisin ». Un argument qui, sur le papier est correct, mais qui peine encore à convaincre en France, comme le souligne Lucie : « Si personnellement je pense que c’est quelque chose d’acquis, je constate que ça n’est pas le cas pour tous les Français, mesure la jeune femme. Malheureusement, la langue allemande a encore mauvaise réputation (trop compliquée, ne “sonne” pas bien…) et cela dissuade certainement les jeunes de l’apprendre et de s’intéresser à la culture allemande. […] Il me paraît essentiel de continuer à faire découvrir ce pays, au-delà de sa langue ». Une mission difficile relevée avec brio par les nombreux volontaires qui prennent part aux programmes de l’OFAJ et qui continuent à s’engager par la suite. « Lors des 10 ans de la célébration du volontariat à Sarrebruck en octobre 2017, beaucoup d’anciens volontaires sont revenus et ont partagé leur expérience. Ils nous on dit comment leur participation au VFA a impacté leur parcours par la suite, indique Victoria Seidl. Il y a une association qui vient d’être créée, la VFamilie, constituée d’anciens volontaires qui continuent à s’engager et à réaliser des actions pour faire la promotion de ce programme ». Preuve qu’effectuer un VFA n’est pas une si « grave erreur » que ça.

 

Vionie Aime

2 commentaires

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s