Camp de concentration à Dachau : lieu de mémoire et d’apprentissage

Munich est aujourd’hui une ville rayonnante qui accueille des millions de touristes chaque année (en grande partie grâce à l’Oktoberfest). Il ne faut toutefois pas oublier qu’elle a été le siège de la naissance du parti d’extrême droite mené par Hitler. Non loin de Munich se trouve également une ville intimement liée à l’histoire de ce parti : Dachau et son camp de concentration.

 

Située à moins d’une heure de Munich, la ville de Dachau fait aujourd’hui figure de lieu immanquable à visiter lorsque l’on se trouve dans la capitale bavaroise pour plusieurs jours. Pas pour ses maisons colorées ni pour ses jolis parcs. Dachau a été la première ville allemande à posséder un camp de concentration durant le régime nazi.

 

« Herzlich willkommen in der Stadt Dachau »

Bien assise dans l’un des huit S-Bahn qui traversent la ville de Munich de long en large, je regarde le paysage qui défile sous mes yeux. Une sensation étrange m’envahit, comme celle ressentie la première fois que je suis arrivée à Munich au mois de septembre. Autour de moi, des passagers discutent, d’autres lisent des journaux, cachant ainsi leur visage concentré des autres voyageurs. Je m’attarde alors sur une affiche collée sur l’une des vitres du train. Celle-ci indique que tout passager n’étant pas en possession d’un titre de transport valable se verra puni d’une amende de 60€. Que l’on soit un touriste ou non, aucune excuse ne sera acceptée, les contrôleurs ayant « déjà tout entendu ». J’ai à peine le temps de sourire face à cette précision qu’une voix féminine annonce l’arrêt de ma destination : Dachau Bahnhof

A la sortie de la gare, je me retrouve devant un paysage des plus banal. Après avoir dépassé un parking rempli de vélos, j’aperçois un tabac ainsi qu’une station de bus. Un panneau avec le plan de la ville est également visible avec l’indication « Herzlich willkommen in der Stadt Dachau » (Bienvenue dans la ville de Dachau). A quelques mètres, un second panneau attire l’attention. En langue allemande et anglaise, les visiteurs peuvent d’ores et déjà obtenir des informations concernant les prisonniers qui arrivaient dans la ville et qui devaient emprunter un chemin, à la vue des habitants, pour rejoindre le camp à pied.

 

Si ce chemin existe toujours, un bus permet également de relier la gare au camp en une dizaine de minutes, laissant le temps aux visiteurs de découvrir les environs de Dachau avant de pénétrer dans l’enceinte des lieux.

 

Un camp figé dans le temps

Pour avoir la meilleure expérience possible,  je me suis procuré un audioguide en français afin de ne pas être perdue lors de ma visite.

Dès l’entrée, le temps paraît suspendu, comme bloqué à tout jamais. Un calme olympien règne sur le site tandis que les visiteurs s’approprient les lieux. Certains sont assis sur les bancs placés près de l’entrée, attendant probablement les amis ou les proches qui visitent à leur rythme. D’autres lisent les informations inscrites sur les multiples panneaux semés aux endroits importants et stratégiques du terrain. Je choisis de suivre la visite du camp comme elle se présente dans le guide et en suivant les différents numéros des panneaux. Très vite, je me retrouve devant le bâtiment principal, le Jourhaus. Le Jourhaus servait de bâtiment de service pour le camp SS mais il était également le seul point d’entrée et de sortie que devaient emprunter les prisonniers. Le jour de ma visite, des visiteurs se prennent en photo. Ils sont souriants, les yeux rivés vers leur photographe du moment qui cherche le bon angle. Derrière eux se trouve un portail noir et épais, flanqué de l’inscription « Arbeit macht frei » (le travail rend libre). Ce portail donne d’ailleurs accès à un espace à l’ambiance pesante, plus encore qu’au début de la visite.  A moins d’avoir vécu l’horreur des camps directement, il est difficile de se faire une image concrète de ces lieux. A Dachau, la visite des parties accessibles du camp permet d’avoir une vision un peu plus nette. Si certains bâtiments ont été détruits entièrement ou partiellement, d’autres en revanche, sont restés intacts. Deux baraques sur les 34 initialement créées ont été reconstruites afin de montrer l’évolution des dortoirs et des sanitaires entre 1933 et 1945. L’emplacement des autres baraques est marqué par des blocs de béton rectangulaires ainsi que des numéros et le bâtiment des Communs, situé en face de la place d’Appel et du monument commémoratif, sert aujourd’hui de musée.

Séparée du terrain principal par un pont de petite envergure, une autre partie du camp peut être découvert. Encore intacts, les fours crématoires sont ouverts au public, notamment la « Baraque X », lieu principal des crémations des prisonniers. Ce bâtiment, construit entre 1942 et 1943, est sans doute le plus marquant de la visite. Sans oublier les tours et les murs barbelés qui rappellent que même si l’on peut partir à tout moment, le camp reste un endroit clos et oppressant, à la fois calme et bruyant.

 

 

Du bruit à travers le silence

Tout au long de la visite du camp, le visiteur s’empare des lieux et se forge sa propre expérience et cela, dans un semi-silence impressionnant. Un véritable respect des lieux est montré de la part des visiteurs. Cependant, ce silence s’accompagne aussi de bruits et sons divers. Celui d’abord du ruisseau qui coule, imperturbable, autour du camp. Vient ensuite le son de la voix des quelques guides qui parcourent le camp, suivis par des visiteurs avides de savoirs. Ces guides permettent de découvrir le camp dans son ensemble en donnant des détails qui ne se trouvent pas dans l’audioguide ou sur les panneaux d’information. Sans oublier que certains ont peut-être des histoires personnelles à raconter et à partager.  

La visite est également ponctuée par le son des cloches des différents édifices religieux qui se trouvent dans l’enceinte de l’ancien camp et qui sonnent à chaque heure de la journée. L’un de ces édifices, le couvent des Carmes, est d’ailleurs occupé par des sœurs qui prient et chantent à certains moments. Enfin, les visiteurs dotés d’un audioguide ont la chance d’écouter des témoignages authentiques d’anciens détenus ou de soldats libérateurs. Ces témoignages sont, selon moi, essentiels durant la visite. Ils permettent de se rendre compte des événements qui se sont déroulés au sein du camp tout en ayant un aperçu direct des lieux.

Chapelle catholique de Dachau

Chapelle catholique du camp

Eglise protestante dans le camp de Dachau

Inscription sur le mur de l’église protestante du camp « Je me réfugie à l’ombre de tes ailes »

 

 

Il m’a bien fallu environ 3 heures afin de visiter l’ancien camp de concentration de Dachau dans sa globalité ou presque. Ce lieu de mémoire était une étape que je ne pouvais rater sous aucun prétexte et je suis fière de m’y être rendue. J’y ai découvert des éléments dont je n’avais pas connaissance et dont on ne parle pas forcément en cours d’histoire. C’est avec une grande émotion que j’ai quitté les lieux, me promettant de ne jamais oublier cette sombre période de l’histoire.

 

 

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